MA 308 153

Publié le par Balthasar Sievers

Je suis né à Marseille en 1957 conçu par le charpentier de marine Delmont , il m'a fait plutôt gaillard , je pèse 2 tonnes pour une taille de 30 pans ou plutôt 7.70 mètres de long et de 2.30 mètres de large, on me dit "bien ventru".

 

Le pêcheur qui m'a mis au travail dès mon plus jeune age m'a baptisé André-Jean, comme ses deux fils et l’administration m'a flanqué du matricule MA 308 153. C'est ainsi que j'ai fait de longues campagnes de pêche de l'île Verte à la côte bleue. Après le père c’est le fils André qui est devenu mon patron pêcheur. Après trente années de bon et loyaux services on m’a dit : « trop vieux, on te met à la retraite ». Pour éviter ma destruction on me chercha une âme charitable qui voulait bien s'occuper de moi. Mais devant l'ampleur de la tâche, on m'a abandonné hors de l'eau dans un champ. Je me demande bien ce que je faisais là. Un champ pour pourrir lentement, j'aurais préféré sombrer au fond. Un champ ? Des collègues me disent : « Estime toi heureux, il y en a qui finissent sur un rond-point… »

 

Mais un jour il y a un petit jeune qui vient me voir alors que les herbes folles me chatouillaient déjà le capian. Il me tâte, il me gratte, fait jouer le safran et me promet de revenir avec les copains pour s'occuper de moi. Ces jeunes, vous savez, je m'en méfie, ils parlent beaucoup mais ne font pas grand-chose pour les vieilles branches comme moi.

 

Que nenni, les voilà de retour, constitués en association, "La Nave Va" comme ils se sont appelés, c'est comme ça qu'on dit en italien " que vogue le navire". J'aimerais bien voir ça ou alors j'aurais mal compris "que voguais le navire" ? En tout cas, après quelques petits travaux d'urgence, (dans mon cas, il n’y en avait plus, d'urgence), voilà qu'ils me transportent dans un autre champ encore plus loin de la mer, oh ils m'ont fait peur ces « navés va»!

 

Mais non, pendant un an, ils sont venus régulièrement s'occuper de moi ; et petit à petit, ils m'ont refait une beauté. Quelques fois même, ils étaient plus nombreux, des minots un peu canailles sont venus en renfort avec beaucoup de courage.

 

Certains se moquaient en criant : "eh toi, là-bas, dans ton champ, t'attends le déluge ou quoi"? Mais je savais que si je voulais remettre les pieds dans l'eau, il me faudrait un peu de patience. D'autant plus que ces jeunots ont tout fait comme les anciens, minium, calfatage mastic de vitrier, enduit gras et peinture à l'huile. Je suis content de pas être tombé sur des bras cassés qui ne jurent que par la plastification de nous autres. Finalement je ne regrette pas ces trois années passées au vert.

 

Puis enfin, ils m'ont arraché de mon champ et remis à l'eau. Je m'attendais à devoir faire des campagnes de pêche épuisantes en toute saison et par tout temps, comme avant. Et bien non, finalement c'est une vraie retraite qu'ils m'ont prévu. Je suis armé à la plaisance, ça veut dire : promenades, parties de pêche, rencontres avec les copains où il faut quand même un peu leur faire plaisir en allant plus vite que les autres, des régates comme ils appellent ça. Eh oui car, vous savez quoi, ils m'ont fait le coup de me coiffer d'une voile latine, vous savez, le gréement des anciens, d'avant la motorisation. Moi qui étais fier de faire partie de la nouvelle génération, j'esbrouffais avec mon bourrin de 30 chevaux diesel. Mais on s'y fait, c'est quand même l'héritage de nos ancêtres que je transmets…

 

J'ai quand même un grand regret, on me dit que je n'ai plus ma place, chez moi au Goudes. Pour le moment je dois me contenter d'un mouillage forain dans la baie du Brusc. Je souffre à chaque coup de mistral jusque dans les varangues. Je sais que je ne suis ni le premier ni le dernier à chercher un abri, mais tout de même il doit y avoir un moyen?

 

Merci à la famille Breme mes premiers propriétaires.

 

Merci à Louis Augustin Marie Abert qui à m’a légué pour un franc symbolique.

 

Merci à Karim Ghendouf et l’association Evolio, qui m’a hébergé sur son site d’Aubagne avec eau et électricité.

 

Merci à Claude Lheureux, Alain et les jeunes de Evolio / insertion mer, pour avoir prêté main forte.

 

Merci aux animateurs et aux jeunes d’Evolio / atelier mécanique, pour avoir redémarré mon nouveau moteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans André Jean

Commenter cet article

alain de l'outil en main 07/02/2007 10:09

 et bien bravo les jeunes voila un bien beau pointu comme on dit ici a Frejus il est fort gaillard  et egalement bravo our le commentaire, j'avoue que j'ai eu une montée d'emotion  Je supose que si il n'y a aucun commentaire c'est a cause des renseignement que vous demandez surtout l'adresse ip. Pas de publicité merci.